Le soir est le moment idéal pour savourer le calme au jardin. Les fleurs de belle de nuit, clématite, datura, oenothère et trachelospermum y libèrent leur parfum.

N’allez pas croire que les plantes se font généreuses à bon compte : elles attendent de mystérieux visiteurs, de nocturnes froisseurs de corolles, parfois hideux comme les papillons de nuit. Ils ne songent qu’à pomper leur nectar ou s’enivrer de pollen. Ils accomplissent au passage un acte essentiel : transmettre le pollen d’une fleur à une autre et assurer ainsi sa fécondation croisée. Sachons donc profiter pleinement de ces senteurs qui ne nous sont pas réservées et plaçons une foule de fleurs à parfums nocturnes près de la maison, sur la terrasse et même, pourquoi pas, sur les balcons.

Une vraie vie de noctambule… Si vous souhaitez consacrer une portion de jardin à ces fleurs odoriférantes, choisissez un recoin abrité par des murs, qui conserveront la chaleur du jour et concentreront encore les parfums en abritant des petits vents. Regroupez les fleurs par grandes masses plutôt que par échantillons car le parfum d’une fleur est trop faible pour remplir l’espace.

Belle de nuit

Son nom latin, mirabilis, veut dire simplement admirable. Le camarade Linné devait être sous le charme quand il a accordé une telle appellation. Non que les corolles soient dépourvues d’intérêt, mais elles ne s’ouvrent que le soir et se ferment avec ponctualité le matin, ce qui fait que durant le jour on a sous les yeux une plante à l’aspect un peu fané. D’où son autre surnom d’herbe triste. Plantez-la à proximité de la terrasse et vous profiterez de son parfum suave, où les odorats recherchés distingueront une pointe de vulgarité. Mais ne diminuons pas notre plaisir et sachons apprécier l’art avec lequel elle se panache parfois de toutes les couleurs.

Un conseil : les grosses graines noires ne germent pas toujours très bien. Pour favoriser la levée, faites-les tremper une nuit puis écorchez un peu de leur peau coriace avec un couteau ou un sécateur. Un semis effectué en mai fleurit facilement dans l’été car la croissance est rapide. On arrive à conserver les souches d’une année sur l’autre, en place, jusqu’en Ile-de-France. Ailleurs, il peut être bon de conserver les racines tubérisées au sec, comme on le fait des dahlias, seulement pour les coloris recherchés.

Clématites

clematis-clematite-fleurPeu de clématites peuvent prétendre au statut de fleur parfumée, si l’on excepte d’emblée les clématite montana à l’odeur d’amande mais au tempérament trop puissant pour se contenter de vivre en bac. La fin de l’été vous vaudra la surprise de découvrir une senteur plus anisée, tout en finesse, celle de la clématite flammula, une sorte de version civilisée de la clématite des haies. Plus blanche que cette dernière et moins envahissante, il s’agit d’une petite liane, que vous ferez courir dans une haie ou sur un grillage. Sa floraison relativement discrète sera signe que l’automne est proche, mais on lui pardonne bien volontiers cette nostalgie annoncée pour tant de mérites.

 

Datura

datura-stramonium-fleurAvec leur air vaguement diabolique et leur mauvaise réputation, les daturas méritent une place de choix parmi ces parfumeurs du soir. C’est bien à la fraîche que leurs grandes pochettes immaculées révèlent leur senteur puissante, faite pour attirer les papillons de nuit, à défaut de nos appendices nasaux. On imaginerait d’ailleurs que des animaux plus perfides en profitent, telles des chauves-souris ou des araignées géantes. Trêve de cauchemar, les daturas se contentent de nous enchanter avec leurs grandes fleurs, en général blanches. Il existe des daturas annuels, que l’on peut faire fleurir l’année même du semis, comme le datura d’Egypte, le D. metel et le D. meteloides. D’autres, et ce sont les plus beaux, forment de vrais arbustes. On les conserve d’une année sur l’autre dans une véranda ou une serre. Attention : si les fleurs sont parfumées, les feuilles sont souvent fétides. Ne placez pas les daturas trop près du passage.
un conseil : plus vorace que le datura, ça n’existe pas. Il leur faut des arrosages copieux et souvent quotidiens, et des apports d’engrais réguliers. Si votre datura fait des siennes, apportez-lui un peu de sang desséché.

Œnothère

oenothera-triloba-oenothere-fleurSurnommée primevère du soir, les œnothères sont des fleurs charmantes à plus d’un titre. D’un tempérament intrépide, qu’elles soient vivaces ou bisannuelles, elles fleurissent longtemps, sur des hampes florale dressées fièrement, leurs corolles s’ouvrant en général le soir pour se refermer en cours de matinée, après une nuit offerte aux insectes nocturnes. La plus parfumée est l’œnothère blanche (O. tetraptera) aux fleurs assez grandes puisqu’elles atteignent 8 cm de diamètres. Blanches puis rosées elles sentent exactement la même odeur que les primevères coucou du printemps, ce miel mélangé de fleur d’oranger. L’œnothère de Lamarck reste dans le registre du jaune et sent également fort bon. Elle est fréquente sur les talus routiers et les terrains vagues qu’elle embellit en été.

Trachelospermum

trachelospermum-jasminoides-fleur-mur-grimpanteAvec lui, les jasmins ont un rival sérieux. Cette liane au développement limité présente en effet l’intérêt d’offrir un feuillage persistant, et la floraison estivale est aussi odorante qu’elle est immaculée. Confinant par sa lourdeur avec la senteur des gardénias, le trachelospermum évoque des contrées exotiques, baignées de mers chaudes et langoureuses. Sa rusticité n’en est que plus étonnante. En Ile-de-France, il peut vivre plusieurs années avant de rencontrer un hiver cruel.
un conseil : pour lui permettre de s’exprimer pleinement, palissez-le contre un mur en plein midi. De grands bacs de 40 cm de côté lui conviennent tout à fait. N’oubliez pas des arrosages copieux en été et quelques uns en hiver, quand le gel ne menace pas.

 

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